UN PEU D'HISTOIRE
Dès la plus haute antiquité la vallée de la Seine constitue dans cette région couverte de forêts, la seule voie de pénétration vers l'intérieur des terres.
C'est la route que prennent les embarcations ramenant en Gaule l'étain de Cornouaille, étain qui mélangé au cuivre donne un précieux alliage: le bronze.
Dès le VIIe siècle, autour du monastère de Fécamp et de l'abbaye de Jumièges se développe une vie religieuse, intellectuelle et économique qui s'étend jusqu'à la Bretagne: au début du VIIIe siècle, Aubert, évêque d'Avranches, fonde sur le mont Tombe une abbaye consacrée à St-Michel.
Mais la Seine est aussi une excellente voie d'accès pour les pillards scandinaves qui, au IXe siècle, ravagent la région.
Le chef viking Rollon s'y installe; en 911, il obtient du roi Charles le Simple la région de Basse-Seine et s'engage en contrepartie à repousser tout envahisseur et à se faire chrétien sous le nom de Robert.
Cette région devient celle des "Northmen", hommes venus du nord. Les bénédictins se remettent à l'oeuvre, défrichent le sol et relèvent les ruines des édifices religieux.
Dès le XIe siècle, la Normandie est un duché autonome et puissant.En conquérant l'Angleterre (1066), Guillaume le Bâtard, fils de Robert Ier, étend son domaine au-delà de la Manche et pendant plus d'un siècle, les souverains anglo-normands règnent sur tout l'ouest de la France.
En 1204 Philippe Auguste s'empare de la Normandie continentale qui entre dans le royaume tout en conservant ses institutions et ses privilèges. A la révolution, la province forme les départements de l'Eure, de la Seine-Maritime, du Calvados, de la Manche et de l'Orne.
De juin 1944 à la Libération, toutes les villes sont détruites à l'exception de Cherbourg, Bayeux et Alençon; il faudra quinze ans pour les reconstruire. En 1972, une réforme sépare la Haute-Normandie industrielle de la Basse-Normandie restée surtout agricole avec quelques centres industriels disséminés.
En effet, la Normandie ne présente pas d'unité en elle-même et la nature du sol en est la cause: à l'ouest vers la Bretagne, le Cotentin et le bocage normand sont formés de roches anciennes, granit et schistes. C'est un pays de pâturages où subsistent encore des marais et des landes.
Les traditions y sont vivaces: Villedieu-les-Poêles est restée, depuis le XVIIe siècle, la ville des fondeurs de cloches et du travail du cuivre; la dentelle fait la fierté d'Argentan, de Bayeux et d'Alençon.
L'agriculture et la production laitière, bien implanté avec Gloria, Nestlé, Préval, et la fabrication d'alcool de cidre constituent souvent le principal revenu des agriculteurs.
La région a surtout développé l'élevage bovin; quant aux chevaux élevés dans les haras de St-Lô et du Pin, ce sont des pur-sang qui font d'excellents chevaux de courses.Mais la production fut longtemps faible, le sous-équipement de la région, l'habitat dispersé, les exploitations morcelés peu rentables contraignant les paysans à quitter leurs terres.
Quant à l'industrie, elle s'est beaucoup développée au voisinage des ports de Caen et de Cherbourg et en 1967 une usine de retraitement de déchets nucléaires a été mise en service à La Hague. C'est aussi une région à vocation métallurgique.
La Normandie centrale, au sous-sol sédimentaire, est beaucoup plus riche. En pays d'Auge, la terre est généreuse, et souvent arrosée...
Au milieu des prés, enclos de haies vives, où fleurissent les pommiers, se blotissent de pittoresques fermes à colombages, tandis que se dressent encore, çà et là, d'imposants manoirs comme celui de Bellon, près de Lisieux, témoignages d'un passé opulent et glorieux.
Le cidre et le calvados, les pâtisseries, les fromages comme le livarot, le pont-l'évêque, le camembert, font le plaisir des gourmets.
Dans la plaine alluviale de la Seine et dans le pays de Caux, au sous-sol sédimentaire, la grande culture domine, blé, lin, pomme de terre et betterave. La proximité de Paris contribue à vitaliser la région qui est déjà en pleine expansion: Le Havre et Rouen, en bordure de Seine, constituent de grands pôles industriels et urbains.
Port actif, Rouen fut, à la fin du Moyen Age, le premier entrepôt de l'Europe: d'Angleterre arrivaient le bois, la laine, le bétail et le cuir; du sud-ouest, le vin. Les pêcheurs bretons y vendaient le sel de Bourgneuf et les morues pêchées à Terre-Neuve.
L'essor de Rouen, ville natale de Corneille, entraîna celui de Dieppe, de Fécamp, de Honfleur. Les Normands eurent bientôt le monopole du commerce sur toute la façade atlantique jusqu'à Gibraltar.
Cet extraordinaire enrichissement de l'estuaire rendit nécessaire la création d'un grand port: celui d'Honfleur s'étant ensablé, François Ier créa au Havre une ville arsenal fortifiée, nommée tout d'abord Villefrançoise, en l'honneur du roi; depuis, Le Havre n'a cessé de croître et livre à Rouen une lutte économique sans merci.
Si les Normands aiment leur terre, les Parisiens apprécient leurs plages: au XIXe siècle, les artistes et les mondains ont découvert les plaisirs des bains de mer et fait naître les premières stations.
Le duc de Morny a lancé Deauville, la duchesse de Berry préférait Dieppe. Dès lors, la Normandie fut "à la mode" et Maupassant en fit le cadre de ses romans.
On découvrait ses abbayes romanes tandis que les impressionnistes, Monet, Sisley, et leurs amis parisiens, Renoir, Pissarro et Cézanne, s'installaient sur la "côte fleurie"; de Deauville à Cabourg, la côte normande accueillait le Tout-Paris qui se retrouvait dans les casinos, sur les terrains de golf et les champs de course.
Aujourd'hui, grâce à l'autoroute de Normandie, Honfleur, Cabourg, Houlgate et Deauville sont rapidement accessibles aux habitants de la capitale en quête d'un bol d'oxygène.
Que de contraste entre les herbages du pays d'Auge, les falaises crayeuses d'Etretat, et les métropoles industrielles des rives de la Seine !